«…Difficile de rendre avec des mots ces mises en scène sophistiquées où la chair et le métal dominent à tour de rôle, ces corps musclés, ces corps luisants, souvent rasés, parfois très velus, cadrés en général à bout portant, ces corps musclés, ces corps souvent piercés, qui surgissent, venus on ne sait d’où, et s’effacent au profit d’autres, lesquels auront le même sort ; la géométrie, une géométrie courbe en l’occurrence, règle le défilé des plans, des plans toujours très courts-un reste de pudeur peut-être, ou bien le signe d’un besoin effréné de renouvellement ? Difficile de donner une idée de ces corps qui se chevauchent, mais sans se frotter, qui s’interpénètrent, mais sans se toucher, sans avoir de rapport, aussi difficile que de décrire les anatomies emberlificotées de Hans Bellmer. Nulle histoire dans cette œuvre plastiquement très réussie, juste une succession de tableaux peu mouvants-les gestes y sont mécaniques, contrôlés, les poses hiératiques. Slave collection. Le sous-titre est parlant, il est le seul. Pas de conversations entres les êtres dans ce film aux couleurs sourdes- qu’un noir et blanc contrasté relaye à l’occasion-, soutenu par la musique minimaliste, lancinante, de Brian Eno. Pas de communications, presque pas, les bouches sont rarement vides- les orifices sont obstrués ou en passe de l’être- et les hommes, presque toujours casqués, masqués, bâillonnés, quand ils ne portent pas une muselière, ne montrent d’eux que leur peau, quelques fois leurs muqueuses. C’est à peine si on remarque ici ou là une expression égarée, un regard furtif. Ambiance louche et glacée. Un événement singulier, une sorte de rencontre (mais pas face à face), le moment où un gaillard, bien campé sur ces jambes, arrose le derrière d’un partenaire soumis, un derrière fatigué d’ailleurs- seule note discordante dans cette galerie de gitons baraqués. Ce n’est qu’une averse* ! bref, il n’y a que l’acier qui pénètre la chair, les éléments naturels sont relégués à la surface. Dans cette suite virtuose, sorte de kaléidoscope à usage interne, ce ne sont pas les corps qui font l’amour- en général ils sont seuls à l’écran, comme statufiés, sans plaisir-, mais les images, systématiquement. Gilbert Pons in «Turbulence vidéo été 2003
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