Quand Pascal Robert producteur et distributeur de films X, m'a proposé, après avoir visionné mes réalisations, de réaliser une série de films pornographiques, j'ai bien sûr hésité. Peur de tomber dans le cliché, le vulgaire et, je l'avoue, paradoxalement, le porno. Néanmoins cela m'est aussi de suite apparu comme un défi. Quel réalisateur ne s'est pas un jour posé la question, soit pour la rejeter, soit pour imaginer comment faire de cette démarche commerciale une démarche cinématographique ? J'étais habitué à filmer des corps mais pas des actes sexuels. Une seule fois pour la trilogie Les souffrances avec Samuel Ganes, par défi de trouver une limite entre esthétisme et pornographie, j'ai mis en scène un acte sexuel isolé au milieu d'une oeuvre de quasi-fiction autour du narcissisme. Pour Épreuves négatives (Negative reel), réalisé pour pascal Robert, l'important était de donner, comme dans toutes mes créations, la part la plus importante au côté esthétique de l'image ; jouer avec la puissance de l'image sans s'embarrasser d'une quelconque narration. Elle s'instaurerait d'elle-même par l'orchestration des images et le design sonore. Je souhaitais quelque chose de très plastique, formel, sans offrir au spectateur la possibilité de s'identifier aux modèles. Je souhaitais de la pure mise en scène formelle des jeux sexuels. Le négatif Vision 200T de Kodak me paraissait idéal pour ce travail. J'ai peint les corps des modèles pour souligner les contours de leurs muscles et les ai badigeonnés de gouache alimentaire pour offrir l'impression que leur corps prenaient l'apparence d'une palette de peintre. J'ai refusé l'ambiance directe pour me contenter d'une prise de son : un robinet qui coule et une douche qui se déverse ont suffi à habiller d'une manière originale les images. Louis Dupont
Credits